A l'ecole du pessimisme
Les questions philosophiques ne nous intéressent que si elles se rapportent à des problèmes vécus. Les travaux scientifiques, quelle que soit leur influence sur le cours de l’histoire, sont trop objectifs pour nous parler, pour atteindre jusqu’à l’intimité de notre conscience. Les découvertes scientifiques bousculent bien, par moments, les idées reçues, et donc les consciences ; mais une fois qu’elles ont conquis le public, elles se solidifient en des contenus objectifs inertes. Quand tout le monde accepte une vérité, plus personne n’en est bouleversé.
Lançons ce paradoxe : nous n’apprenons jamais rien d’autrui, et peu de choses du monde. Toute communication est de surface, tout dialogue truqué. Soit l’autre diffère complètement de nous, et nous n’y entendons goutte. Soit il nous ressemble, et l’intérêt que nous lui portons est un égotisme déguisé en altruisme. Autrui a donc pour fonction essentielle de nous révéler à nous-mêmes. On a beaucoup glosé sur la prétendue « ouverture à l’autre ». Mais s’intéresser à ce qui est autre que nous, c’est-à-dire à tout ou presque, c’est ne se préoccuper de rien en particulier. Je ne nie pas que, grâce à l’imagination, il ne nous soit plaisant de nous transporter dans d’autres contrées, et surtout d’habiter d’autres âmes. Le voyage a beau fasciner, on ne quitte pas sa peau. Quelle est donc la fonction de la littérature, ou de la philosophie ? L’exploration du moi, l’examen clinique de nos entrailles, la perte dans le labyrinthe de l’âme.