L'effondrement de la gauche
Il va de soi que M. Sarkozy est un habile politicien, et qu'il a su jouer sur des thèmes populaires, tels que la lutte contre l'insécurité, contre l'immigration, etc. mais n'est-ce pas le propre d'un homme politique avisé que de saisir la demande d'un peuple donné, à un moment donné de son histoire, et les « valeurs » qui traversent une société? Certes, il a été, en cela, devancé par Jean-Marie Le Pen- il n'empêche: il a eu l'intuition que les valeurs dominantes seraient de droite- comme Mitterrand, en son époque, avait pressenti la vague de libération dont avait besoin la société française scérosée. La diabolisation constante de Le Pen, puis de Sarkozy, témoignent de l'inanité d'une gauche qui, d'une part, n'a aucun contre-projet qui se tienne, qui, d'autre part, n'est plus du tout en phase avec la nation. Du moins, elle en n'en a pris conscience que tardivement: l'épisode comique des « drapeaux à la fenêtre » nous rappelle cruellement les mines offusquées de l'intelligentsia germanopratine lorsque certaines consciences s'inquiétaient, comme je le fis, du fait que le public dit « français » sifflait l'hymne national, et préférait les drapeaux marocains aux drapeaux tricolores... On criait alors « haro sur les racistes ». Le commencement du déclin de la gauche remonte moins à un événement politique qu' à cette transformation sociologique qui vit les ex soixante-huitards, héros d'une révolution qui au fond ne concerna que les étudiants ultra-bourgeois du quartier latin, prendre les rennes du pouvoir médiatique, publicitaire, intellectuel puis, pour finir, politique. Les valeurs prônées par cette nouvelle classe: « l'interdiction d'interdire », la jouissance sans frein, l'ethno-humanisme bon train, un « humanisme » cool mâtiné d'amour « new age », tout cela a conduit inévitablement à l'aveuglement idéologique face aux nouvelles formes de violences ethniques dans les banlieues, au soutien démagogique envers les « jeunes » et contre le racisme, au dénigrement des valeurs de lutte(masculines) au profit de la part « féminine » de l'homme, aux festivités parisiennes très bobo (gayprides et « nuits blanches »)- et, pour finir, à la formidable invention des 35h. Evidemment, cette visée s'accompagnait d'un dénigrement des valeurs « populo »: amour de la patrie, goût de l'effort, souci de la sécurité, etc. Voilà pourquoi le combat des « républicains de gauche », bien que fort louable, me paraît être par trop tardif. Car, que vous le vouliez ou non, les valeurs de l'effort, de l' »agon » au sens nietzschéen du terme, de l'identité nationale- sont conservatrices. Or, la gauche gouvernementale ne veut conserver... que les « acquis sociaux »! Pour le reste, elle se montre aujourd'hui incapable de bouleverser la réalité présente- ce qui est historiquement sa vocation, pourtant. Il apparaît dès lors inéluctable que la gauche s'effondre. A moins qu'elle fasse seulement semblant d'adopter des mesures de gauche, sachant qu'elles correspondent à un déni du réel- réel de l'opinion populaire, et réel de la concurrence mondiale. Ce qui, ipso facto, correspondrait à une défaite idéologique. copyright